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L'ombre

  • Writer: Maeva Doumbia
    Maeva Doumbia
  • Mar 25, 2021
  • 3 min read

Ni la mer, ni le soleil ne semblent donner de l’éclat à son sourire. Il est toujours aussi figé, aussi neutre. C’est un sourire de courtoisie, comme si elle ne fait que tolérer ma présence et prétendre elle-même être présente pour moi.


J’ai pourtant tout essayé. À la seconde même où mes yeux se sont posés sur elle, elle a possédé mon être entier. Tous mes gestes, toutes mes décisions, tous mes projets ont dès lors été motivés pour elle, pour nous. C’est une de ces rares rencontres où vous savez que vous avez trouvé votre âme-sœur. Cette partie de vous qui vous manquait, qui fait de vous une personne entière, complète. Cette personne sans laquelle votre vie n’a plus de sens, celle qui définit votre présent et motive votre avenir.


J’ai été l’homme le plus chevaleresque que vous puissiez trouver. Si nous étions dans un désert, j’aurais gravi les dunes, les plantes de pieds surchauffées sous l’impact du sable brûlant, juste pour lui prouver que je tiens à elle plus qu’à la prunelle de mes yeux. Je ne suis pas dans un désert. Je suis un homme simple, dans une ville simple mais elle est reine partout où mon regard se porte.


Pour elle j’ai refusé d’autres emplois parce qu’il aurait fallu que je déménage et la laisse loin de moi.

Pour elle je me suis définitivement installé dans une ville où je n’étais pourtant que de passage.

Pour elle j’ai recouru à ma grande imagination et à des méthodes subversives pour évincer mes rivaux.


J’ai réussi à la faire sourire, à la faire rire, à la voir danser. Je l’ai épousée et pourtant son visage s’est encore assombri. Son regard est lointain et ses gestes sont mécaniques. Elle fait tout ce qu’elle peut pour le cacher, mais elle est une piètre comédienne. Je lui ai donné ma vie mais elle me vide de la mienne. Ma femme a un autre homme dans sa vie et je n’ai aucun moyen de compétir. Non, je n’ai aucun moyen de l’interdire. Mon moral est à l’agonie. Je dépéris à vue d’œil et je n’ai personne à qui me confier. Personne ne me prendrait au sérieux. On m’a appris qu’un homme ne montre jamais ses faiblesses. Verser des larmes aurait été encore plus grotesque. Au mieux si j’en parlais, on me dirait ou d’en découdre avec les deux, ou de me libérer de ce mariage maudit. Cette dernière solution aurait été la meilleure si j’avais la force de vivre sans elle; si j’avais la force de la laisser brisée après mon départ.


Quant à la première solution, elle m’est simplement impossible. Je ne suis pas un lâche, loin de là. Mais comment en découdre avec un souvenir ? Comment me battre contre l’ombre opaque de son premier époux ? Il est l’homme de sa vie et tous mes efforts pour le devenir sont voués à l’échec. Je savais que la bataille ne serait pas facile. J’ai tout bonnement pensé qu’après trois ans de veuvage, son cœur s’ouvrirait à nouveau.


Ma femme n’a jamais cessé d’aimer son défunt époux; l’homme qui a fait d’elle une femme complète dans tous les sens du terme. Qui suis-je pour rivaliser ? À qui puis-je m’en plaindre ?


Ni la mer, ni le soleil n’arrivent à décrisper son sourire.

Et j’ai beau ne pas être dans un désert, mon cœur en ressent toute l’ardeur lorsqu’elle sourit pour dissimuler son agonie intérieure.





 
 
 

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1 Comment


bintabintyussuf
Mar 26, 2021

very nice article . I love it❤️

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